Hasard Center

Publié le par Friche(s)

Après un petit temps d'absence consacré à mettre en place ma vie profesionnelle, et puisque les pub sont de retour après 45 jours d'absences sur la plateforme, voici le contenu de mon PFE...

Étude de reconversion alternative du charbonnage du Hasard de Cheratte

Synthèse :

Un fait d’actualité relance le débat sur l’avenir du patrimoine industriel oublié; l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO de quatre sites miniers wallons. Dans ce contexte, le projet « Hasard Center » se pose comme une alternative à une reconversion lambda, spéculative et consommatrice du patrimoine. Son essence est extraite d’une remise en cause du modèle archétypal des « friches culturelles ». Si le charbonnage du Hasard est lui, aujourd’hui classé en partie et menacé de destruction pour le reste, la projection du « Hasard Center » ouvre une réflexion nouvelle sur une potentielle sauvegarde globale de ce complexe minier. Pour s’extraire de la menace du « tout culturel » et des controverses de muséification systématique, cette nouvelle vision de l’avenir du Hasard explore une programmation mixte, mêlant des usages quotidiens, ponctuels, récurrents, évènementiels permettant non seulement de faire revivre, mais de vivre cette ruine industrielle. Le « Hasard Center » dépasse les limites d’un « cluster », pour étendre ses services et son attractivité au-delà de ses propres murs pour s’intégrer à une réflexion urbanistique sur le développement d’une commune enclavée.

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Note d’intention :

Depuis le 31 octobre 1977, la cité ouvrière de Cheratte subit le traumatisme de la fermeture du charbonnage du Hasard. Racheté par un ferrailleur pour une bouchée de pain, ce complexe minier à haute charge historique sera en grande partie démantelé, détruit puis laissé à l’abandon. Face à l’immobilisme de ce propriétaire sans scrupule et irrespectueux de cette perle du patrimoine industriel wallon, la commune fait classer à son insu une partie des édifices restants pour tenter de sauvegarder ce qui pouvait encore l’être. Aujourd’hui, le décès du propriétaire relance les débats sur l’avenir de ce site qui est depuis plusieurs décennies sous la menace de spéculations pseudopatrimoniales destructrices (monofonctionnel, loft, etc). Une nouvelle association de citoyens, « Cheratte 2017 », s’est formée en vue de défendre ce vestige, symbole et identité de la commune meurtrie et délaissée depuis trop longtemps. L’ensemble de cette réflexion leur sera reversé pour que leur comité de réflexion soit conscient du potentiel de ce site, et ainsi qu’ils se battent pour une exploitation respectueuse de leur patrimoine. Une analyse urbaine a tout d’abord fait ressortir que la situation sclérosée de Cheratte ne venait pas uniquement du déclin de son activité d’extraction. En effet, un malaise plus profond est inscrit dans la structure de son territoire : ce dernier est enclavé entre le bassin versant de la Meuse et des infrastructures de transports, ceci annihilant toutes hypothèses de développement. Le futur rôle du charbonnage sera donc de créer une interface avec ces frontières pour ouvrir de nouvelles perspectives d’avenir d’une commune inhibée.

La ligne de front du projet « Hasard Center » est programmatique. Il s’agit tout d’abord de sortir du modèle dépassé « friches culturelles » qui sévit depuis quelques décennies. La crise de la culture d’abord, manque de subvention. Le désintérêt croissant du public met en péril des sites existants. Il convient donc de trouver de nouvelles alternatives au « tout culturel ». De plus, l’existence du PASS de Mons, et la proximité du centre culturel Blegny-Mines (désormais inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO)anéantissent totalement la viabilité d’une telle opération de muséification, car la concurrence est bien trop rude (Grand-Hornu, Bois du Casier en région de Charleroi et plus récemment C-Mine à Gand). Envisager une telle hypothèse serait mettre en péril ce patrimoine avant même toute intervention. Pourtant deux bonnes hypothèses de réflexion ont émergé lors d’un état des lieux dressé par la SPI+ pour l’Institut du Patrimoine Wallon, qui envisageait un partenariat public-privé pour programmation mixte, malheureusement tous deux ne redonnent vie uniquement qu’à la partie classée condamnant dès lors le reste du complexe.

La programmation du « Hasard Center » argumente en faveur d’une sauvegarde globale du site, estimant que le charbonnage a déjà assez souffert de ses amputations (paire au bois, triage-lavoir, tour d’extraction N° 2). La stratégie consiste donc à éclater les deux hypothèses de l’étude communale sur l’ensemble du site, mais aussi de la compléter et de l’enrichir. Symboles de cette menace de destruction synonyme d’hérésie patrimoniale et de crime générationnel, la mémoire et l’identité du charbonnage seraient à tout jamais perdues avec la démolition de la tour d’extraction en béton du puits N° 3. Il s’agit d’un jalon unique dans le paysage mosan, cette icône résultante d’une hybridation typologique insolite entre un chevalement métallique classique et son évolution, la tour d’extraction maçonnée.

Cette structure hors du commun est la pièce maîtresse du « Hasard Center », celle qui permet d’étendre son attractivité au-delà de ses propres murs. Pour y parvenir, un geste simple et commémoratif : réactiver sa fonction initiale en réinsérant au sein de sa structure interne, un nouveau monte-personnes permettant un transit altimétrique vers Cheratte-Haut et le reste du plateau de Herve. Et inversement permettre une mobilité accrue des habitants des hauteurs vers les multiples services du Hasard et son jardin, mais aussi vers la gare de Cheratte, la cité ouvrière, jusqu’au contact avec la Meuse par le biais de la Darse.

Le « Hasard Center » génère une connexion avec son paysage et le viaduc du Hasard réinstaure un dialogue dans ce territoire fragmenté. Un code couleur symbolique a été choisi pour identifier cette nouvelle entité. Chaque action, ayant un impact paysager, utilise la couleur noire comme vecteur de médiation entre l’ancien et le nouveau. Un acte sobre rappelant le deuil, et le charbon permet de s’inscrire dans le paysage sans le dénaturer, de se démarquer tout en mettant en valeur la richesse chromatique de cet ensemble. La mixité de la programmation tend à démontrer l’alternative viable d’un projet de sauvegarde globale du site, ou du moins de ce qu’il en reste. Les divers programmes intégrés en fonction d’une analyse typomorphologique des différents corps de bâtiment permettent d’injecter une variabilité et une richesse d’usage permettant de vivre le charbonnage. Le tout est soutenu par un projet de mines géothermiques, assurant viabilité économique, et enjeux écologiques.

 

Planches de synthèses :

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Raillard raphaëlle 21/10/2014 16:42

Bonjour,

Actuellement étudiante en dernière année d'Architecture à l'ENSAB Rennes, je souhaite effectuer mon projet de PFE sur ce merveilleux site du Charbonnage du Hasard. Je viens de voir votre travail
que j'ai beaucoup aimé.
Je commence, en amont, à effectuer des recherches poussées sur cet endroit avant de m'y rendre.
Je fais aussi un mémoire qui traîte de l'avenir de ces lieux chargés d'histoire et de mémoire.
Auriez vous des documents type plans, coupes ou autres à me faire parvenir afin de préparer mon voyage et mon projet? Avez-vous des contacts qui pourraient m'être utiles?

Je vous remercie d'avance pour l'aide que vous pourrez m'apporter.

Raphaëlle