Dilemme programmatique

Publié le par AP

Cet article est extrait d'une discussion sur un forum d'urbex dont le thème est "Inventaire des anciens sites industriels" dans lequel on retrouve évidemment la base française "Mérimée".

"Je commence à comprendre et à entrevoir les limites de la philosophie des explorateurs urbains qui est très paradoxale, dans le sens où ses "adeptes" semblent tiraillés entre la volonté de vouloir partager et leurs expériences, et la paranoïa induite pour garder le secret des localisations. Dans ce cas, ce genre de forum, sites ou blogs perso des explorateurs deviennent donc très discutable, car ils constituent a priori une menace de l'éthique elle-même, mais aussi pour les objets d'admirations/d'inspirations des explorateurs.

Il est difficile de cerner les doutes de mes intentions. Je suis revenu hier soir d'un workshop intensif de trois jours à Liège, ( justement dans un des bâtiments qui aurais plus faire l'objet d'une explo, mais je ne dirai, par conséquent, pas où c'était ) dans lequel j'ai travaillé sur cette base de données, qui aurait eu pour objectif de créer un "plan de sauvegarde numérique" des ces ouvrages par photogrammétriephotomodélisation , orthophotographie, ou lasergrammetrie. Pour information, c'est le genre de chose qui se passe actuellement partout en Europe pour le patrimoine archéologique et historique (voir Nubes), mais dont le patrimoine industriel ou patrimoine de XX semblent exclus pour aucune raison valable !!! Mes objectifs ne sont donc pas de détériorer ces lieux bien au contraire, je compte agir contre... Prospectivement parlant bien sûr, car ceci n'est qu'un cas d'étude.

Finalement, j'ai laissé tomber ce projet pour me focaliser sur un bâtiment particulier, sélectionné non pas par hasard ! Mais c'est ici que la philosophie des explorateurs devient encore plus problématique. 
- En effet si un bâtiment vient à être réhabilité, il est en un sens conservé, mais il perd aussi directement sont statut d'exploration potentielle. 
- S'il est classé, il est sauvegardé certes, mais fait aussi l'objet de mesure de sécurité rendant impossible l'exploration qui se métamorphose en visite.
- Autre solution, ne rien faire, ce qui conserve les possibilités d'explorations (éthiquement correctes), mais qui constitue aussi une menace pour l'ouvrage face à l'altération du temps et au vandalisme, qui à terme ne pourra être que détérioré !!! 
- Personnellement, je m'axe vers la recherche d'une solution alternative conciliant les trois dernières dans le but de mettre en valeur et de réactiver la mémoire d'un patrimoine oublié. C'est un programme ambitieux pour lequel j'espère avoir les compétences nécessaires.

Par conséquent, tous les "explorateurs" sont égoïstes, je m'explique, soit par essence, car ils détériorent le lieu sans penser à l'impact de leurs gestes, soit par conséquent, car l'expérience qu'ils ont vécue doit être restreinte à un minimum d'autres personnes justement pour éviter la contagion de l'égoïsme par essence. 

D'où ma grande question, que faire pour ces lieux ? car toutes actions possibles et connues semblent aboutir à la perte de son statut initial. 
Dans ce cas-là doit-on préférer un lieu laissé dans son jus, avec les risques que cela induit ? 
Ou alors doit-on préférer une institutionnalisation du site le rendant impropre à une exploration sans condition, car il devient par essence ouvert aussi au grand public ?"

(...)

"Il est vrai que l'immobilisme n'est pas une solution, mais certainement que la table rase non plus. Le palimpseste tel qu'il est entrevu dans le notre "petit manifeste" peut donc être une alternative si toute fois il est agrémenté d'une bonne dose d'anamnèses. Je dois dire que voir certains de ces lieux rasés pour reconstruire des ouvrages sans âmes me désole. Les exemples ne manquent pas "Usine Gaupillat", "Charbonnage de Waterschei", mais aussi "Charbonnage du Hasard" pour lequel le propriétaire, compte bien à terme, détruire ce vestige pour y construire du logement et des commerces forcément plus rentables. Il ne faut pas non plus systématisé ce processus de palimpseste architectural plutôt romantique que nostalgique, mais dans des cas extraordinaires ("Tours de Droixhe", "Le Hasard" entre autres) qui font partie de l'histoire un petit effort de réflexion ne peut pas leur nuire !

Cependant, j'aurais une autre question, iriez-vous visiter et non plus explorer ce genre de site, s'il n'y avait plus le danger de l'interdit ou encore la solitude de l'abandon ?"

 

Triangle_ethique.jpg

Je pense que l'action optimale à entreprendre se place au centre de gravité ce diagramme.

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